Pour fêter cette nouvelle décennie, un très beau texte qui a reçu le prix des radios francophones.

Extrait de : http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/lateteaucarre/index.php?id=86421

CGalfard LE BIG BANG EN TROIS MINUTES

par Christophe Galfard

"Tout ce que nous savons de notre univers, c’est depuis notre planète, la Terre, que nous l’observons.

En comparant la lumière qui nous parvient des galaxies lointaines à celle qui brille près de nous, les scientifiques ont découvert que toutes les étoiles du fin fond du cosmos s’éloignent les unes des autres, et s’éloignent de nous, en permanence, comme si l’espace s’étirait et allongeait les distances.

De cette observation, une seule conclusion est possible : notre univers grandit et gonfle avec le temps.

Et si l’univers grandit, alors il était forcément plus petit avant.

Depuis qu’ils savent cela, les scientifiques essayent de remonter le temps et tentent de comprendre la naissance de notre monde.

Aujourd’hui, il fait moins 270 degrés dans l’espace et les galaxies et les étoiles sont bien visibles, permettant aux scientifiques de scruter le cosmos à la recherche d’indices provenant du passé. Ils ont vu des étoiles naître et mourir, ils ont photographié des galaxies par milliers, mais ils n’ont pas pu aller plus loin car ils sont tombés sur un mur opaque, un mur qui s’est dissipé il y a 13,7 milliards d’années. L’univers avait alors 300 000 ans. Il y faisait 3000 degrés et il était si petit et si dense que la lumière ne pouvait pas s’y déplacer.

Pour découvrir ce qui s’est passé avant, nos télescopes ne peuvent plus nous aider.

Alors fermons les yeux et imaginons l’univers qui continue à rétrécir et à chauffer.

Des dizaines de milliers d’années s’écoulent. L’espace est maintenant tellement chaud que les atomes se brisent, libérant leurs électrons et leurs noyaux.

Environ 100 secondes après l’origine de l’univers, il fait près de 10 milliards de degrés et c’est au tour des noyaux des atomes de se désintégrer. Les protons et les neutrons qui y étaient collés les uns aux autres sont projetés dans toutes les directions et se mélangent à l’incroyable énergie qui les entoure.

Nous sommes maintenant à un millième de seconde après l’origine de l’univers. Il fait 1000 milliards de degrés. Les protons et les neutrons, ces particules parmi les plus solides qui soient, se cassent à leur tour et soudain, alors que la température ambiante avoisine le million de milliard de degrés, les forces de la nature telles que nous les connaissons aujourd’hui commencent à changer.

L’univers devient une soupe d’énergie pure.

La matière se transforme continuellement en lumière et la lumière en matière. La différence entre les deux devient superflue.

Mille milliardième de milliardième de milliardième de secondes après son origine présumée, notre univers fait 10 mètres de diamètre et continue à rétrécir. Tout ce qu’il contient est chauffé à un milliard de milliard de milliard de degrés et sa température continue à augmenter.

Alors qu’on croyait toucher au but, tout s’accélère encore et l’univers s’effondre soudain sur lui-même à une vitesse folle. De 10 mètres de diamètre, il rétrécit jusqu’à la taille d’un proton. La concentration d’énergie atteinte est phénoménale.

Un infime moment plus tard, les lois de la nature telles que nous les connaissons ne s’appliquent plus et même l’espace et le temps perdent tout leur sens. Nous venons d’atteindre un nouveau mur au-delà duquel la physique moderne est incapable de dire ce qui se passe.

Derrière, l’univers devient un mystère dans lequel se mêlent sciences, croyances et philosophies. Ce mystère, cet endroit fabuleux qui marque la limite de nos connaissances, nous lui avons donné un nom. Nous l’avons appelé le Big Bang."